Le vin, l’Ayurveda et les Français…

 

L’ayurveda et l’alcool

 

Le vin en ayurveda

 

Même si vous êtes un yogi en joie et que vous ne buvez quasiment jamais, il y a des chances que d’ici la fin de l’année on vous propose quelques petits verres de nectar alcoolisé pour fêter le plaisir d’être ensemble… Peut-être que vous accepterez et qu’en tant qu’aspirant yogi vous savourerez votre vin en conscience, avec vos cinq sens et toute votre modération. Mais que nous dit l’ayurveda sur la consommation d’alcool ?

 

La Caraka Samhita, c’est-à-dire le Traité Fondamental de la Médecine ayurvédique datant de l’antiquité védique déploie tout un chapitre sur le sujet. Les effets de l’alcool, les différents stades de l’ivresse, l’intoxication, la dépendance, les moyens d’y remédier, les traitements pour purifier le corps, tout y est. C’est dire à quel point le sujet passionne mais aussi à quel point l’Ayurveda a conscience de l’influence de la consommation d’alcool sur l’organisme. L’Ayurveda ne rejette pas systématiquement la boisson et l’ivresse, mais prône comme toujours la modération et surtout de suivre certaines règles pour éviter les intoxications…

« L’alcool a autant de qualités que de défauts. On le considère comme un nectar pour celui qui en use selon les règles, en quantité modérée, au moment adéquat, accompagné d’une nourriture saine et en fonction de sa force et de sa capacité à supporter l’ivresse. A l’inverse, il agit comme un poison chez ceux qui en abusent. » Charaka Samhita chap.24.

 

 

« Bien » boire, ou comment avoir le vin joyeux…

Connaissant les effets néfastes que peut avoir une consommation non régulée, l’Ayurveda insiste sur le contexte et le fait que pour bien apprécier l’alcool il est nécessaire de s’y préparer… En effet un petit verre de vin n’aura pas le même effet selon le moment de la journée où vous le buvez, selon ce que vous mangez avec, selon la saison, votre constitution ayurvédique, l’état d’équilibre ou de déséquilibre dans lequel vous êtes (en terme de dosha), votre fatigue, votre âge, si vous êtes ou non plein d’ama (toxines) etc.

 

Boire en bonne compagnie, choisir sa quantité et préparer son système digestif sont nécessaires en ayurveda pour les festivités

 

« Purifier son corps, intérieurement et extérieurement » :

La Caraka Samhita conseille ainsi de purifier son corps intérieurement et extérieurement avant de s’adonner à la boisson. Ceux qui sont affaiblis, qui consomment des nourritures carencées et souffrent de constipation seront vite intoxiqués, même avec de petites quantités d’alcool. Cela fait sens si on considère que l’alcool est une sorte de substance hyper sucrée, métabolisée de la même manière que le sucre et qui demande un effort particulier du système digestif. Un corps déjà fatigué par une mauvaise alimentation aura du mal à digérer de l’alcool et risque de produire plus de toxines qu’un corps en bonne santé. Le mieux est donc, avant un repas festif et arrosé de faire la diète pendant quelques jours de façon à se nettoyer un peu pour avoir une puissance digestive au maximum de ses capacités le jour J. Pour s’alléger, rien de tel que de restreindre le sucre, de boire un verre d’eau tiède le matin à jeun et d’appliquer quelques conseils diététiques ayurvédiques.

 

Un verre d’eau tiède ou une tisane aux épices peuvent soutenir la digestion et le nettoyage du corps

 

« Des amis qui apportent du plaisir quand on boit en leur compagnie » :

La compagnie avec laquelle vous partagez votre boisson est aussi importante en ayurveda que la boisson elle-même. C’est la raison pour laquelle il est préférable quand on veut profiter d’un bon petit verre de vin par exemple de s’entourer d’amis que l’on apprécie, de gens joyeux et affables. Notre humeur du jour est elle aussi importante ; s’assurer d’être gai avant les festivités permet de respecter plus facilement les limites de la modération et de la santé. L’idée est de tout mettre en œuvre pour ne pas surexciter le système nerveux : on préfèrera ainsi des personnes « qui parlent doucement, qui sont sensibles, tolérantes et amicales » car lorsque l’on est calme et détendu, sans bruit agressif ni colère, la digestion se fait mieux…

 

Une bonne compagnie, un cadre apaisant et joyeux permettent au système nerveux de ne pas être sur stimulé

 

« On boira toujours les alcools les plus délicats » :

Dernier point important, la qualité de vos boissons. C’est la garantie de consommer peu et mieux… Sur ce sujet je ne m’y connais pas assez pour vous donner des idées, mais il semblerait que la quantité de pesticides utilisée dans les vignobles nous pousse à choisir des vins issus de l’agriculture raisonnée, voire bio.

 

Bien choisir pour mieux et moins consommer

 

Savoir gérer la quantité…

Selon la Caraka Samhita, « la quantité d’alcool absorbé détermine trois stades d’intoxication » (car oui, même si l’alcool peut avoir des qualités il entraîne toujours une intoxication, c’est-à-dire la production d’ama (les toxines). D’où la nécessité d’en avoir une consommation ponctuelle et raisonnée.) Le premier stade se caractérise par une euphorie, du plaisir, une exaltation des saveurs, des aliments et des boissons. On apprécie mieux la musique et la compagnie des amis, on se plaît à rire et à raconter des histoires. L’intellect, la mémoire et les facultés sensorielles ne sont pas affectées et le sommeil n’est pas perturbé. Ce stade n’apporte que du plaisir.

Au-delà, la mémoire flanche, la confusion s’installe et « quel homme sensé irait franchir cette étape ? » Bien se connaître, rester à l’écoute de ses sensations et de son corps sont importants pour savoir gérer la quantité d’alcool car nous ne sommes pas tous égaux sur ce point…

 

 

Alcool et constitution ayurvédique

Tout comme pour la nourriture, le même type et la même quantité d’alcool n’auront pas les mêmes effets sur tout le monde. Le vin par exemple est une boisson fermentée et acide (pH entre 3 et 4, avec des blancs plus acides que les rouges), sa saveur peut être plus ou moins astringente, plus ou moins sucrée et il contient des toxines (cf. l’alcool et les sulfites). Si je veux consommer de façon « juste » il va donc falloir que je prenne en compte ces caractéristiques et leurs effets sur ma constitution ayurvédique et ma santé.

 

Les constitutions Vata

Vata se caractérise par l’irrégularité. Les personnes ayant ce dosha en prédominance dans leur constitution peuvent très facilement se passer d’alcool pendant longtemps, puis à l’occasion d’une circonstance particulière se mettre soudainement à boire pour faire l’expérience de sensations extrêmes. Ce penchant des Vata aux extrêmes peut les amener plus facilement que d’autres à la dépendance... Choisir la modération et rester attentif à ses sensations est le meilleur des remèdes contre les excès. La bière quoiqu’il en soit n’est pas bonne pour Vata, même en petite quantité car elle contient de la levure qui va augmenter la présence de gaz dans le côlon. Les liqueurs fortes quant à elles sont trop intenses et l’intensité en soi est intoxicante pour la constitution vata car cela encourage l’inconsistance et l’irrégularité. Un muscat plutôt doux serait certainement plus adapté qu’une petite dose de vodka… Ne pas oublier en tout cas de manger en même temps, si possible quelque chose de chaud et d’onctueux (vata évite les cacahuètes, les fruits et biscuits secs 😉

 

Les constitutions Pitta

Pitta est chaud et sec, comme l’alcool. Boire un verre pour un pitta en étant anxieux, stressé et irritable, avec la sensation que cela va le détendre est une illusion. Bien au contraire, cela va augmenter la tendance à l’irritabilité, l’impatience et à la compulsivité. Mieux vaut pour faire baisser la tension s’accorder un moment de musique calme ou de méditation. C’est pourquoi la Caraka Samhita recommande aux personnes de constitution pitta de suivre un régime rafraîchissant et de prendre des aliments gras, sucrés et froids avant de faire la fête. En gardant en tête que pour ce type de constitution l’alcool n’est en général pas un choix judicieux.

 

Le vin peut chez les kaphas soutenir la digestion d’aliments lourds

 

Les constitutions Kapha

Les bienheureux Kapha sont les seuls, selon l’ayurveda à pouvoir bénéficier de stimulants occasionnels. Ils n’ont besoin d’aucun alcool, mais s’ils veulent en consommer, ils devront éviter la bière et ne boire que du vin rouge ou des liqueurs fortes diluées. Les purs Kapha peuvent consommer des liqueurs fortes de temps en temps. Les boissons alcoolisées, de par leurs caractéristiques chaudes et sèches soutiennent le feu digestif (agni) souvent lent des tempéraments kapha.

 

L’alcool « agit comme un poison chez ceux qui en abusent »

Si la consommation d’alcool n’est pas prescrite par l’ayurveda, il n’en reste pas moins qu’il doit être consommé en suivant certains principes sans lesquels il pourrait nuire à la santé. « Lorsque l’on consomme l’alcool dans les règles, celui-ci produit une légère et plaisante intoxication. [Il…] fait disparaître la peur, le chagrin et les inconvénients d’une activité physique trop intense. [..] Mais il faut consommer l’alcool sans atteindre le seuil où il devient nuisible », sans quoi il devient un « poison ».

Il faut cependant garder en tête que l’alcool possède 10 propriétés (légèreté, chaleur, acidité…) qui sont exactement opposées aux 10 propriétés d’ojas (lourdeur, fraicheur, douceur…) si bien que les propriétés de l’alcool neutralisent celles d’ojas. Quand on sait qu’ojas est la base de notre santé et de notre immunité, qu’il est notre « fluide vital » on comprend d’autant mieux l’importance de la modération prônée par l’ayurveda et des règles à suivre pour pouvoir bien le consommer.

 

Je vous souhaite de belles fêtes !


Source :

Je vous recommande la lecture (facile) du chapitre 24 de la Charaka Samhita ; tome 2, traduit par Jean Papin.


4 réflexions sur “Le vin, l’Ayurveda et les Français…

    1. Merci Carine, c’est en effet un sujet qui est peu abordé alors que pourtant il prend tout un chapitre dans la Caraka Samhita. Avec les fêtes de fin d’année, je me suis dit que c’était le bon moment 🙂
      Namaste.

Laisser un commentaire