Inflammation du genou, c’est quoi ?

Aujourd’hui j’ai eu cours avec une personne qui souffrait d’une « inflammation de la bandelette ilio-tibiale ». Tout va bien au quotidien, dans la marche, la montée d’escalier etc. Mais, quand elle donne cours de yoga, cette professeure a des difficultés à plier le genou et ressent une douleur sur le bord externe de la cuisse, environ 4 à 5 cm au-dessus du genou avec parfois des irradiations tout le long de la cuisse et qui peuvent descendre un peu sur le bord externe du mollet. Qu’est-ce que c’est ?
Ces douleurs sont parfois appelée des « fausses douleurs » du genou parce qu’elles ne sont pas dues à un problème mécanique du genou (ménisque ou rotule endommagé par exemple) mais à un problème lié aux tissus (muscles, tendons, ligaments). Le souci le plus courant est celui appelé le « syndrome de l’essuie-glace » ou encore « inflammation de la bandelette ilio-tibiale » ou « inflammation du fascia-lata ». Comme c’est un souci que je retrouve chez plusieurs de mes élèves, j’ai testé avec eux plusieurs choses que j’aimerais vous partager.
Note : je rappelle que seul un spécialiste du corps médical peut poser un diagnostic, que les exercices et explications ci-dessous ne se substituent pas à l’avis d’un médecin.
Le ressenti de la douleur au genou…
L’inflammation du fascia-lata est décrite par les élèves avec lesquels j’en ai discuté, comme une douleur sur la face externe de la cuisse, 4 à 5 cm au-dessus du genou. Selon les personnes, cette douleur peut ensuite irradier jusqu’en haut de la cuisse sur toute la surface du ligament et parfois même descendre sur le bord externe du mollet. Pourquoi cette douleur apparaît à ce moment là ? Quelle est sa cause ? Son élément déclencheur ?
C’est frustrant, mais c’est impossible à savoir. Souvent, nous rattachons l’apparition de la douleur à un moment, à un événement que nous appelons un « facteur déclencheur ». En réalité les raisons de l’apparition de la douleur sont multiples et propres à chaque individu ; il n’y a pas une raison à l’arrivée de la douleur mais des millions de raisons et il est difficile de déterminer avec précision des facteurs de risque. Allons voir d’un peu plus près la structure qui est en cause dans le syndrome de l’essuie-glace.

Le fascia-lata est une longue bande fibreuse, aplatie comme un ruban, qui court sur la face externe de la cuisse (il s’attache sur le bassin – épine iliaque antéro-supérieure) et se termine sur le haut du tibia. Il travers donc l’articulation de la hanche et du genou.
Chez les élèves que j’ai pu voir, quand la douleur se déclenche, elle touche en premier la « bandelette ilio-tibiale« , c’est à dire la partie la plus étroite du ruban, celle qui va du genou jusqu’à mi-cuisse environ.
Image : Anatomy for Hip Openers de Ray Long
Qu’est-ce qui fait mal ?
Difficile de savoir avec exactitude l’origine de la douleur, par contre il y a des postures qui sont antalgiques et d’autres qui augmentent la douleur. Il y a des postures qui soulagent la structure et d’autres qui la sollicitent trop et qui réveillent l’inconfort ou la douleur.
Une chose est sûre, la structure a fourni plus que ce qu’elle était capable de fournir. Elle a peut-être compensé un déséquilibre installé depuis longtemps, ou alors on est allé dans des exercices avec des amplitudes trop grandes, ou encore on a travaillé trop longtemps, trop souvent, sans laisser de temps de récupération suffisant entre deux exercices. Bref, les raisons sont multiples…
Petite note pour les profs de yoga, il arrive que l’on préfère guider le cours à la voix plutôt que de dérouler la séance en même temps que les élèves… Puis arrive un moment où on a quand même besoin de montrer une posture clef ou nouvelle, et dans ce cas on saute à froid dans une posture de grande amplitude ou on montre plusieurs fois la même posture dans la journée ; et comme on a un côté préféré, on montre toujours du même côté… C’est à garder en tête…

L’inflammation de la bandelette ilio-tibiale est favorisée quand il y a sur-sollicitation du tissu, quand on fait trop vite, trop fort, trop d’amplitude, trop souvent, trop longtemps.
Qu’est-ce que je peux faire si j’ai mal au genou ?
Quand on a bien identifié la douleur, qu’un spécialiste a posé un diagnostique grâce à une IRM par exemple et que l’on est sûr que c’est bien cette bandelette ilio-tibiale qui est enflammée, il existe plusieurs solutions. Celle qui vous sera proposée par la médecine conventionnelle sera une infiltration d’anti-inflammatoire à renouveler de temps en temps.
L’acupuncture, l’ayurveda, l’ostéopathie etc. vous permettront de trouver des solutions pour faire baisser l’inflammation. La nourriture et le style de vie peuvent aussi être modulés pour apaiser ce que l’on appelle pitta en ayurveda, éviter l’acidification du Ph sanguin qui favorise les inflammations etc. Bref, il existe autant de possibilités que de pratiquants…

A ce point là de l’article il serait très tentant d’aller trouver une cause précise à la douleur et de se pencher sur cette cause pour avoir une solution toute faite, avec un protocole bien propre. Ça serait rassurant et confortable pour notre mental, on fonctionne comme ça depuis la nuit des temps dans tous les domaines et c’est bien pratique. Mais j’ai lu plein de choses écrites par plein de spécialistes, d’universitaires et de kiné et il n’y a pas de consensus ni sur l’origine de la douleur ni sur comment faire pour en sortir. Il semblerait parfois que la douleur soit un événement complètement déconnecté de la mécanique du corps (je sais, c’est un peu déroutant et pas nécessairement très facile à appréhender…) : par exemple, on peut avoir une hernie discale énorme et ne rien sentir, et à l’inverse on peut ne rien avoir du tout et avoir un mal de chien à tel ou tel endroit du corps. Pourquoi le cerveau envoie un signal de douleur ? On ne sait pas ; c’est un signal, mais pas toujours absolument corrélé avec un dysfonctionnement. Alors du coup on fait quoi ?
Douleur au genou… souci de hanche ou d’ailleurs
Heureusement, on peut toujours faire quelque chose et beaucoup de personnes souffrant du syndrome de l’essuie-glace ont réussi à le dépasser en faisant quelques exercices et quelques postures de façon régulière. Ces exercices ont atténué la douleur et l’ont souvent fait disparaître sans pour autant que l’on puisse en tirer un protocole, une solution unique qui marcherait à tous les coups…
Dans un prochain article je vous proposerai une vidéo avec des exercices que j’ai extrait des protocoles d’études que j’ai lu ; c’est aussi ceux que je propose à mes élèves… Il s’agit d’un choix qui se base uniquement sur des observations empiriques et qui part du principe suivant : nous sommes pratiquants de yoga et nos hanches sont un point clef dans la plupart des postures. Elles sont souvent sollicitées dans de grandes amplitudes et il est possible que le genou, en tant qu’articulation intermédiaire reçoive les contraintes d’un manque de mobilité de la hanche. Chez certaines personnes la mauvaise répartition des contraintes peut créer une sur-sollicitation du fascia-lata et favoriser l’apparition de douleurs au genou. Ainsi, l’assise jambes croisées ou des postures comme janu sirsasan ou supta badhakonasan peuvent être douloureuses.


La jeune femme en janu sirsasana à droite a le genou droit très loin du sol. Sa hanche droite n’est pas assez souple pour permettre l’ouverture complète de la cuisse vers l’extérieur et son genou prend le relais. Pour s’aider sur le court terme, elle pourrait s’asseoir sur un support de façon à compenser le manque de flexion / abduction de hanche et éventuellement placer un support sous le genou droit pour soulager la douleur et éviter qu’il ne porte trop de poids.
Du coup on fait quoi ? On peut travailler la mobilité et la souplesse de la hanche pour que le genou ne soit pas obligé d’absorber à lui tout seul le mouvement, on peut aussi améliorer le contrôle moteur de la hanche (être capable de maîtriser la mobilité en flexion, extension, rotation interne et externe) et renforcer le fascia-lata pour qu’il soit plus fort et plus endurant et donc à même de supporter plus de contraintes.
La puce à l’oreille…
Pour ceux qui sont arrivés jusqu’ici à la lecture de cet article, un petit bonus, une petite prise de conscience qui fait pas plaisir, qui secoue un peu quand on aime comme moi les citations du genre : » tout phénomène a une cause et dans les mêmes conditions, la même cause produit les mêmes effets ». C’est bien pratique mais il semblerait que le corps soit un peu plus complexe que ça, surtout quand il est question de la douleur. Mon amie Florence (Pranatomie) me faisait remarquer la chose suivante :
Pendant une séance d’une heure, j’ai travaillé avec une pratiquante expérimentée de yoga sur la souplesse, la mobilité et le renforcement de la hanche. Au début de la séance, elle avait mal au genou (diagnostiqué comme une inflammation de la bandelette ilio-tibiale) en supta badhakonasan ; nous avons fait plusieurs postures adaptées, j’ai travaillé manuellement la décompression de la hanche et à la fin de la séance, elle pouvait faire supta badakhonasan sans douleur. Ça serait tentant de dire que travailler la mobilité de la hanche a soulagé son genou et atténué l’inflammation…
Mais est-ce qu’une simple séance d’une heure peut vraiment modifier un tissu comme le fascia-lata ? Il faut 3 semaines à 6 mois pour qu’un ligament s’adapte, 3 semaines à 3 ans pour qu’un tendon s’adapte, un fascia, je ne sais pas, mais j’imagine au moins aussi longtemps. Alors comment en une heure il pourrait s’être modifié et ne plus envoyer de signaux qui inspirerait de la douleur ? Il s’est passé quelque chose, certes, mais quoi ? Qu’est-ce qui fait que le cerveau n’envoie plus de signal de douleur ? Et si l’équation une douleur = une cause mécanique ne fonctionnait pas tout le temps ? A méditer…
A très vite !

Sources :
- Blandine Calais-Germain : Anatomie pour le mouvement, éd. Désiris
- Fredericson M, Cookingham CL, Chaudhari AM, Dowdell BC, Oestreicher N, Sahrmann SA. Hip Ab-ductor Weakness in Distance Runners with Iliotibial Band Syndrome: Clin J Sport Med. juill 2000;10(3):169‑75.
- J. Becker, S. James, R. Wayner, L. Osternig, and L. S. Chou, “Biomechanical Factors Associated with Achilles Tendinopathy and Medial Tibial Stress Syndrome in Runners,” Am. J. Sports Med., vol. 45, no. 11, pp. 2614–2621, 2017, doi:10.1177/0363546517708193.
- A. Beers, M. Ryan, Z. Kasubuchi, S. Fraser, and J. E. Taunton, “Effects of Multi-modal Physiotherapy, Including Hip Abductor Strengthening, in Patients with Iliotibial Band Friction Syndrome,” Physiother. Canada, vol. 60, no. 2, pp. 180–188, 2008, doi: 10.3138/physio.60.2.180.
Je n’ai pas mis toutes les références pour ne pas surcharger, mais il existe encore de nombreux autres articles sur le sujet…
Toutes les images, sauf mentions contraires viennent de Canva Pro.

Merci Eugénie pour vos informations toujours intéressantes !
Avec plaisir Oudot 🙂 Le prochain article proposera une vidéo avec des exercices pour tenter de remédier au problème…