Les techniques des Rishis pour mesurer l’allongement du souffle

Mesurer sa respiration
Si vous naissez avec un nombre déterminé de respirations et que vous voulez vivre longtemps, il est logique de vouloir économiser son souffle, c’est-à-dire l’allonger autant que possible. C’est exactement ce qui intéresse les Rishis (les sages de l’Inde) qui ont trouvé de nombreux moyens pour mesurer la longueur de leur souffle et calculer leur progression. Voyons voir comment ils procèdent…
Chaque tradition de sagesse a sa technique pour mesurer et allonger le souffle. Mais la tradition yogique a spécifiquement développé l’art de la respiration et produit une grande richesse de pranayama complexes et variés. Pour exécuter correctement ces exercices il fallait bien sûr être capable de compter avec précisions les différentes phases du souffle pour mesurer sa progression.
Le Matra – le temps des Yogis
Le Yoga n’utilise pas la seconde comme unité de mesure du souffle, mais le matra qui est plus lent et aussi moins précis. Les textes anciens [1] en donnent la définition suivante : c’est le « le temps qu’il faut pour faire avec son index le tour de son genou et claquer des doigts ». Cette durée peut ainsi varier d’un individu à l’autre mais généralement, cela correspond à un temps compris entre 1.25 secondes et 1.5 secondes.
L’avantage de ce « matra » c’est qu’en plus d’être légèrement plus lent, cette mesure est personnelle : « je peux prendre le temps dont j’ai besoin et avancer à mon rythme ». Voilà de quoi s’affranchir de la précipitation du temps ordinaire et revenir à l’idée que nous sommes notre propre mesure.
Et lorsque les matra s’enchainent et que l’on arrive à peu près 24 minutes de notre temps à nous, nous voilà avec un Ghatika.

Longueur de vie et puissance de souffle
On l’a vu dans un précédent article, l’allongement du souffle, et spécialement de l’expiration, permet d’allonger sa durée de vie, parce que nous favorisons la branche parasympathique de notre système nerveux.
C’est donc la longueur du souffle qui intéresse les Rishis, et ils s’appliquent à la mesurer pour ensuite pouvoir observer leur progression. La méthode la plus simple consiste à passer la langue dans la paume de votre main et à la placer, tournée vers le haut, sous les narines. Pendant l’expiration, vous allez sentir un courant d’air rafraichissant sur votre paume de main. Éloignez lentement votre main jusqu’à ne plus sentir cette fraîcheur. En mesurant la distance à laquelle la paume se trouve de vos narines, vous aurez la longueur approximative de votre souffle. On peut aussi utiliser un flocon de coton pendu à un fil de soie…
Dans la Gheranda Samhita, il est écrit : que « le courant d’air émis normalement à l’expiration est de 12 doigts (environ 20 cm) ; si l’on chante, on passe à 16 doigts, si l’on marche 24 doigts, pendant le sommeil 30 doigts, l’acte sexuel 36 doigts etc. » En raccourcissant petit à petit la longueur naturelle du courant d’air expiré (= la distance main-narines), c’est-à-dire en rendant notre souffle de plus en plus subtil, on augmente la vitalité ; et si en plus vous êtes concentré, c’est encore plus efficace, le souffle devient quasi imperceptible.

Allonger son souffle en pratique
Si vous souhaitez pratiquer pour allonger votre souffle, prenez d’abord le temps de bien vous installer. Une bonne assise est en effet la condition sine qua non pour avoir un diaphragme qui puisse se déployer dans toute son amplitude, avec une respiration profonde et lente.

Puis,
- observez votre souffle naturel, laissez-vous guider pour petit à petit le prendre en main, délicatement. A aucun moment vous ne devez forcer quoique ce soit, sinon vous risquez de ne pas pouvoir tenir sur le long terme, de vous essouffler.
- Essayez de déterminer combien de « secondes » dure votre inspiration et votre expiration.
- Egalisez le souffle, la durée de l’inspiration = durée de l’expiration
- Pratiquez un moment jusqu’à ce que ce soit complètement confortable.
- Allongez l’expiration d’1 temps, puis de 2 temps, jusqu’à doubler la longueur de l’expire. Cela peut prendre plusieurs semaines !
Pour vous aider, vous pouvez utiliser une application de cohérence cardiaque au début (Respi Relax par exemple) qui permet d’avoir une phase d’inspiration = phase d’expiration. La respiration Ujjayi peut aussi vous aider ainsi que vocaliser le souffle. Le fait de prononcer un son pendant l’expiration permet d’aller jusqu’au bout de l’expiration et d’entendre la qualité du débit du souffle. Le son doit être régulier et se couper net. Il est possible de chanter le son OM ou encore d’utiliser des exercices comme Brahma Mudra.

Une pratique régulière de 5 minutes chaque jour, si possible le matin et / ou le soir apaisera le mental et allongera votre souffle. Le pranayama permet une ventilation optimale des poumons et un un travail profond du souffle. L’idée est d’apprivoiser la respiration, de la conduire à s’allonger sans forcer pour petit à petit introduire des rétentions longues et confortables (kumbhaka). Ces rétentions amènent calme et stabilité mentale (et scientifiquement : la rétention permet au cerveau de se reposer, de penser moins, car elle désactive temporairement les impulsions nerveuses qui transmettent des messages au cerveau.)
Bonne Pratique !

[1] Impossible de retrouver l’origine de la citation, si vous l’avez, n’hésitez pas à la noter dans les commentaires ! Merci 🙂
Sources :
-André Van Lysbeth, Pranayama, la dynamique du souffle.
–Gheranda Samhita, vous trouverez l’ouvrage en pdf., versets 86 à 90 environ. L’unité est le doigt qui correspond à environ 2cm et non le pouce (mesure anglaise qui fait 2.54 cm)
- 86 – 87. Le corps d’énergie mesure 96 pouces de long (180 cm). Selon les formes d’activité physiques, l’énergie vitale du souffle est expulsée à des distances différentes : au repos dans la position naturelle, le souffle expiréparcoure 12 pouces (22,36 cm) ; lorsque l’on chante, 16 pouces (30 cm) ; en mangeant, 20 pouces (38,10 cm) ; en marchant, 24 pouces (44,72 cm) ; pendant le sommeil, 30 pouces (69,85 cm) ; pendant le coït, 36 pouces (78,58 cm). Mais quand on fait un gros effort cette mesure s’accroit considérablement.
- En réduisant l’expiration naturelle (celle du repos), on augmente les probabilités de longévité maximale. A l’inverse, plus le souffle expiré dépasse cette mesure ordinaire, plus les chances de longévité s’amenuisent.
- Tant que l’énergie vitale ascendante (prânâ) réside dans le corps, la mort ne se produit pas. La rétention absolue appelée kevala kumbhaka consiste à emprisonner les énergies du souffle à l’intérieur du corps physique.
