Pourquoi chanter des mantras sacrés ?

Les bienfaits de la récitation de mantras en yoga

 

 

Pourquoi réciter des mantras aux dieux inconnus du yoga ?

 

Pour comprendre les bienfaits de la récitation des mantras, il n’y a pas 36 solutions, c’est comme pour la méditation, il faut s’y mettre. Lire des tonnes de livres et d’articles sur le sujet ne servira à rien si vous ne pratiquez pas par vous-mêmes. A l’heure où les mantras s’invitent dans les cours de Yoga, le but ici est de comprendre pourquoi il peut être légitime pour nous, Occidentaux, d’utiliser des mantras dans une langue sacrée étrangère et de s’adresser à des dieux dont la plupart du temps nous ne connaissons rien…

 

Nous avons vu dans un article précédent ce qu’étaient les malas, ces sortes de colliers de prière, et dans un autre comment les utiliser, avec pour exemple l’enregistrement du mantra à Ganesh. Les mantras font en effet référence la plupart du temps à des dieux hindous bien identifiés, que l’on apostrophe en soulignant leurs qualités, leurs attributs et leurs mérites. L’objectif est ainsi d’attirer leur attention, leurs bonnes grâces et d’obtenir des faveurs. Mais pour autant, pourquoi psalmodier des chants d’une religion qui ne nous appartient pas ? Quel est notre intérêt et quelle est notre légitimité à réciter des mantras en sanskrit ?

 

Les dieux hindous comme archétypes

A la base les mantras sont religieux, ils sont chantés par une certaine caste de la population et leur prononciation est extrêmement codifiée. Leur apprentissage fait l’objet d’un véritable enseignement auprès d’un maître, cela dure généralement de longues années car ce ne sont pas uniquement des chants, mais bien des outils de transformation intérieure qui portent un sens profond.

Les mantras s’adressent ainsi à des dieux distincts dont on nomme et décrit les qualités. Même si la représentation de ces dieux peut nous sembler parfois exotique et que les symboles ne nous parlent pas directement, les divinités font référence à des réalités qui appartiennent à l’humanité toute entière. Les dieux hindous sont en quelque sorte des archétypes (au sens jungien du terme) : ils sont des formes renfermant un thème universel structurant notre fonctionnement conscient et inconscient. Même si ces archétypes prennent des formes symboliques différentes selon les traditions, ils sont communs à toutes les cultures. Comme l’explique Carl Gustav Jung, les archétypes unissent un symbole avec une émotion : si les symboles varient d’une culture à l’autre (le serpent par exemple, négatif chez nous et positif en Inde), les émotions elles, sont communes au genre humain tout entier. Les archétypes auxquels se réfèrent les mantras répondent ainsi à des préoccupations et des angoisses que toute l’humanité partage.

1. Un cobra royal protège Bouddha de la pluie. 2. Le diable, sous les traits d’un serpent, vient tenter Eve.

Chanter un mantra revient ainsi non pas uniquement à glorifier un dieu hindou qui peut nous sembler lointain, mais permet de se relier à une émotion, un état d’esprit et de cœur particulier. Les mantras accompagnent ainsi nos questionnements fondamentaux.

 

Les effets des mantras sur le cerveau…

La pratique du Japa Yoga (japa = « chuchotement »), c’est-à-dire la répétition de mantras a plusieurs effets, plus ou moins subtils selon le temps que l’on y consacre. Dans notre pratique occidentale et en l’absence de maître, il n’est pas nécessaire de réciter un seul mantra par mala pour se sentir bien et centré. Le simple fait de réciter ou de chanter l’un d’entre eux calme le mental en remplaçant le bruit des pensées par une vibration choisie et harmonieuse, celle du mantra. Swami Sivananda explique que même la répétition mécanique du mantra purifie le cœur et l’intellect, « enlève les impuretés du mental, comme la luxure, la colère, l’envie… ». La qualité d’attention et l’implication ou la « foi » peuvent venir plus tard, à force de répétitions.

La science moderne valide les effets du mantra et de la méditation grâce notamment à l’utilisation de techniques d’imagerie médicale qui permettent de voir l’activité des différentes zones du cerveau lors de la pratique de mantra. Sara Lazar, chercheuse en neuroscience (voir sa conférence TEDx), a ainsi travaillé avec des pratiquants de méditation (type kundalini) qui ont observé leur respiration passivement tout en récitant des mantras (inspire : “Sat Nam” mentalement, expire : “Wahe Guru”). Cette étude a démontré de façon très significative quelles étaient les zones du cerveau qui étaient activées pendant ce type de méditation et mis en valeur que certaines zones du cortex s’épaississait avec le temps et la pratique.

Les mantras et plus globalement les sons auraient aussi une influence sur l’immunité. C’est ce que montrent les études de l’Université d’Etat du Michigan selon lesquelles certains sons augmenteraient les taux d’interleukine (protéines stimulants le système immunitaire) mesurés dans le sang. C’est ce que l’on appelle l’”effet Mozart”.

Les plantes, les cristaux d’eau… ce qui est soumis à des vibrations harmonieuses se développe harmonieusement.

 

Les effets subtils et vibratoires des mantras

Mais les effets de la pratique des mantras vont encore plus loin lorsque l’on se penche sur leurs effets subtils et énergétiques…

Swami Satyananda explique que les vibrations du mantra « induisent une structure particulière dans les couches profondes de la personnalité, créant ainsi le symbole intérieur ou psychique qui agit lui-même sur l’être physique ». Autrement dit, chaque mantra est porteur d’une vibration qui, à force d’être répétée s’inscrit au niveau vibratoire (dans les différents corps – kosha) de l’individu pour ensuite rejaillir au niveau du corps physique.

Manuscrit en sanskrit de la Prashna Upanishad

La force du mantra vient aussi de la langue sanskrite. Il est possible de se choisir un mantra dans n’importe quelle langue, même en français si on le souhaite (cela peut rassurer certains de se concentrer sur des sons qu’il connaissent et des mots qu’ils comprennent), mais il est bon de savoir que la langue sanskrite a une puissance particulière. Elle est avant tout une exception culturelle car c’est la seule langue ancienne qui ne soit pas « morte ». On ne sait pas comment les Égyptiens ou les Grecs parlaient, mais on sait comment le sanskrit se prononçait car il existe une écriture phonétique. C’est aussi une langue que l’on continue d’utiliser aujourd’hui dans les textes anciens, les rituels, les termes médicaux, les spectacles de danse traditionnelle etc.

Les mantras sont donc prononcés depuis des siècles et portent en eux la puissance de milliers de répétitions par des milliers de personnes. Prononcer un mantra c’est se relier à cette vibration, à ces intentions prononcées par des êtres humains depuis des millénaires.

Chanter un mantra c’est se relier à quelque chose de plus grand et de plus ancien que soi…

 

Le mantra comme vibration universelle

 » La formule sacrée (le mantra suprême Brahman) qui naquit la première à l’Orient, le voyant (rishi) l’a découverte de la cime éclatante des mondes. (…) Il y a vu la matrice de l’être et du non-être. Qu’elle s’avance en tête vers son Origine, cette souveraine qui demeure dans les êtres. » Atharva Veda IV, 1.

Selon la tradition védique, Brahman, réalité absolue se donne à connaître à des êtres appelés vipra « ceux dont l’âme vibre » ou rishi « ceux qui voient ». Ces êtres ont une sensibilité particulière qui leur permet de recevoir et d’entendre la vibration de l’Un, la vibration universelle, celle qui est partagée par tous les êtres et l’Univers dans lequel ils résident. Dans le Veda se trouve ainsi une intuition que l’on retrouve dans d’autres traditions et qui continue à s’imposer aujourd’hui : toute chose existe portée par une résonance ininterrompue, inaudible, liée ni au temps ni à l’espace. Les rishi perçoivent cette vibration première et l’expriment à travers une parole prononcée en sanskrit formant les hymnes du Veda. Cette parole première est vibration, parole chantée et rythmée. Elle élève le langage à un autre degré, loin des besoins de communication et d’échange, loin du descriptif et du mondain. Cette parole première contient l’Univers tout entier, elle en est la vibration.

Sage dans la montagne dispensant son enseignement.

 

Ce chant, cette musique qui n’est autre que la traduction en quelque chose d’audible pour nous de la vibration du Soi ou de l’Absolu est une musique sacrée. C’est une résonance subtile qui traduit la réalité profonde et unique du monde. Vibrer au son de cette même vibration, c’est réintégrer ce réservoir d’énergie inépuisable qu’est l’Absolu, c’est retrouver l’infini au cœur du fini. Les mantras, avec le son et le rythme qui les porte sont ainsi des concentrés d’Univers, de conscience, d’infini (peu importe le nom que vous souhaitez lui donner). Ce sont des « paroles forgées par la transcendance. Ce sont les sentences sacrées ou révélées que le Transcendant a marqué du sceau de son pouvoir illuminateur. » (P. Laude),

La répétition de mantra – avec ou sans instrument accordé en 432 Hertz – est ainsi une façon de s’approcher de cette vibration universelle, de rechercher l’unité perdue de la conscience qui s’est éparpillée dans les objets du monde. La musique « sacrée » (non pas dans le sens de « religieux », mais plutôt dans le sens d’originel, de lié à la Vie et à la Conscience) permet de retrouver en nous l’endroit où la tête et le cœur ne font plus qu’un : univers et individu vibrent alors dans la même parole cosmique originelle…

Cet été, Perrine et moi accompagnons un stage de 5 jours dans la Drôme (20-25 juillet) pour vous faire expérimenter cet espace qu’ouvre le chant sacré à l’intérieur de nous. Initiée au chant sacré indien, Perrine nous accompagne avec son tanpura accordé en 432 Hz et nous fait découvrir comment le corps vibre lorsque nous chantons…

Je vous souhaite une belle découverte !


Bibliographie :

Héritage du Sanskrit, dictionnaire sanskrit-français, Gérard Huet.
Méditations Tantriques, Swami Satyananda Saraswati ; éd. Satyanandashram France (chap XIII).

L’étude du fonctionnement du cerveau lors de la méditation et du chant : https://www.researchgate.net/publication/12477679_Functional_Brain_Mapping_of_the_Relaxation_Response_and_Meditation

Si le sujet vous intéresse :

Le sanskrit, souffle et lumière, voyage au cœur de la langue sacrée de l’Inde ; Colette Poggi.
Le Veda ; Jean Varenne (dir.)


4 réflexions sur “Pourquoi chanter des mantras sacrés ?

  1. Merci pour ces réflexions intéressantes. Mais notez qu’il y a des mantras non dédiés à un Dieu en particulier. Et même les plus utilisés comme OM, et So Ham. Le premier avec 3 syllabes qui ont de nombreuses significations et symbolismes (on peut donc choisir ce lui qui nous plaît), et So Ham : Cela, je le suis, Cela peut être l’Univers, ou un Dieu, l’absolu… Effectivement réciter un matra en rapport direct à un Dieu (Shiva, Ganesh ou autre) me gêne un peu pour ma part, et en tout cas je ne les utilises pas avec mes élèves pour les raisons évoquées au début si ces Dieux ne sont pas les notres. C’est aussi du respect par rapport aux hindous.

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    1. Merci Alain,
      Il existe en effet des mantras qui ne parlent pas des dieux hindous. Et ceux là, on les chante en effet allègrement en cours, on se pose moins de question, ils peuvent même être comme en natha yoga des points de concentration intérieure. Inspire : So, expire : Ham mentalement, inlassablement le long de l’axe central.
      Les bija mantra sont aussi intéressants de ce point de vue, ils peuvent être assez puissants (je pense au Ram prononcé dans des postures chauffantes par exemple 🙂
      Et bien sûr le Om, manifestation phonique née d’elle-même, sans origine ni percussion, principe unificateur harmonisant inlassablement microcosme et macrocosme.
      C’est beau cette diversité du yoga et cette puissance qui prend en compte le corps physique aussi bien dans le travail musculaire que dans la vibration subtile des tissus, des énergies et encore au-delà… Le son structure l’espace, intérieur ou extérieur…

      Je vous souhaite de beaux chants 🙂

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