2- Mantra, respiration – Comment utiliser un Mâla ?

Comment utiliser son mala en yoga ?

 

Le mala comme support aux mantra ou à la méditation…

 

Tenir un mala, c’est comme tenir le fil invisible qui relie le souffle, le son et l’instant présent. Mais pourquoi ne pas toucher la perle du Guru ? Pourquoi tantôt murmurer tantôt chanter ? Comment les utiliser sans se perdre dans les rituels complexes ? Derrière le mala se cache une tradition millénaire, mais aussi une pratique simple et puissante. Voici une approche accessible pour intégrer le mala dans votre pratique, juste pour le plaisir de réciter et de se recentrer.

 

Si vous avez lu l’article qui présentait les mâlas, vous savez déjà qu’ils sont plus qu’un simple collier : c’est un outil de concentration, un fil sacré entre le souffle et l’instant. Maintenant que vous en connaissez la symbolique et la composition, voyons comment l’utiliser concrètement dans votre pratique — sans pression, sans dogme, juste avec présence et curiosité.

 

Mala et tradition : entre rituels et liberté

Lorsque l’on s’intéresse d’un peu près à l’utilisation des mâla dans la tradition, difficile de trouver l’origine exacte de la pratique. Par contre, on trouve de nombreuses « recommandations » plus ou moins faciles à respecter, comme se placer face au Nord ou à l’Est, ne pas porter son mala en collier, le garder à l’abri des regards, choisir des perles de cristal pour les mantra tantriques etc… Rassurez-vous, il est inutile de se rajouter autant de contraintes quand on veut simplement se familiariser avec les mantra et profiter des bienfaits de la récitation : si votre intention est sincère, la pratique fera son chemin. Vous aurez tout le loisir d’approfondir plus tard, si vous ressentez l’appel d’une sadhana* plus engagée.

L’utilisation du mala se retrouve dans de nombreuses traditions comme outil de concentration…

 

Comment tenir son mala pour les mantra ou le pranayama ?

Rien de plus simple : il suffit d’égrainer les perles entre le pouce et le majeur de la main droite, considérée comme la main “pure” dans la tradition indienne. À chaque récitation du mantra, une perle est déplacée, créant un rythme régulier qui soutient la concentration. Le mâla peut être composé de rudraksha, bois de santal, tulsi ou pierres semi-précieuses, chacun apportant une énergie particulière à la pratique.

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent « comment choisir son mâla ? «  on commence toujours par la perle située juste après « la perle du Guru ». Celle-ci sert de repère, mais ne fait pas partie du décompte des 108 perles. Une fois le tour accompli et revenu à cette perle centrale, on ne la franchit pas : on fait simplement demi-tour pour entamer un nouveau cycle. Ce geste symbolique marque le respect envers le maître intérieur et la continuité du chemin. Pour visualiser la pratique en image, cette vidéo Youtube en espagnol est bien explicite…

On voit bien la « perle du maître », en métal agrémentée d’un pompon et différente des autres…

Il est possible d’utiliser aussi le mala pour le décompte des rétentions poumons vides ou pleins lors des pranayama, mais c’est un autre sujet…

 

Le japa mantra

Réciter de façon continue un mantra, perle après perle, est une pratique à part entière dans le yoga que l’on appelle traditionnellement le japa mantra. En sanskrit, japa signifie “marmonner” ou “répéter intérieurement”. Cette pratique vise à calmer le mental en concentrant l’attention sur la vibration sonore du mantra et le glissement des perles entre les doigts.

Traditionnellement, le pratiquant qui désire se consacrer à la récitation de mantra en reçoit un de son maître (ou le reçoit en rêve) et le répète jusqu’à ce qu’il soit complètement intégré. Le collier est alors le support d’un seul et unique mantra, répété pendant parfois plusieurs années, jusqu’à ce que la collier se rompe, signe que le mantra a été intégré…

 

 

Les trois étapes dans la récitation du japa mantra

Dans le japa on distingue trois modalités de récitation que l’on peut soit faire l’une après l’autre, soit de façon progressive comme nous l’avons fait pour le mantra Deham Koham :

  • Réciter de façon audible (cette pratique porte le nom de Baikhari). C’est idéal pour le débutant, le point d’appui de la voix est stable et si vous partez trop dans vos pensées, vous vous en rendrez vite compte car vous vous retrouverez à bafouiller ou à arrêter de chanter. Plus les pensées sont prenantes, plus vous pouvez réciter à voix forte ! Ce type de japa yoga calme et recharge le cerveau qui a remplacé les pensées désordonnées et épuisantes par une vibration unique et harmonieuse.
  • Réciter de façon murmurée (pratique qui se nomme Upanshu). Le mantra se chuchote de sorte que seul celui qui le récite l’entende. C’est plus difficile le mental s’échappe plus facilement. Swami Satyananda dit que ce type de japa est utilisé et réservé à ceux qui récitent huit à dix heures par jour (!)
  • Réciter de façon mentale (pratique que l’on nomme Manasak). Le mantra a tellement été répété qu’il est maintenant ancré en vous et se répète tout seul, mentalement. Se lancer directement dans la répétition mentale du mantra est difficile car le mantra se mélange aux pensées et finit par disparaître sans que nous nous en rendions compte…
  • Il est aussi possible d’écrire le mantra en différentes couleurs sur du papier.

 

Voici des feuilles de palmier – des ôles – sur lesquelles ont été recopiés des textes anciens, des mantras ou des traités d’ayurveda.

 

Le mantra comme vibration intérieure

Il y a ainsi une gradation dans la progression de la répétition du mantra. Une fois que le mantra est intégré, que les cellules du corps vibrent de la même vibration que le mantra, il n’est plus besoin de le dire à haute voix, le mantra devient intérieur. Il est alors répété naturellement à chaque respiration, comme ancré dans les cellules, vécu pleinement. Cela peut sembler ésotérique, mais comme nous l’avons vu dans cet article sur les chants et mantras anciens, les sciences modernes ont remarqué comment la récitation laissait des traces physiques et chimiques dans le cerveau.

 

L’utilisation du mala et le japa est pratiqué depuis longtemps en Inde

 

Pratiquer les mantra au quotidien…

La progression par étapes proposée dans le japa mantra est reconnue pour favoriser une transformation profonde. Dans les traditions comme le Tantra, le Vedanta et certaines écoles du Bhakti Yoga, le mantra est considéré comme une forme condensée de conscience divine et comme l’outil le plus puissant pour amorcer une transformation intérieure. Ce n’est pas simplement un mot ou une phrase : c’est une vibration primordiale, une énergie sonore qui contient en elle-même la totalité du chemin.. Mais dans notre quotidien moderne, il n’est pas toujours évident de consacrer des heures à une pratique assidue. Si vos objectifs sont plus simples — et que l’Éveil n’est pas votre priorité immédiate — pratiquez comme vous le pouvez, avec souplesse et régularité. Comme le rappelle Swami Sivananda : “Une once de pratique vaut mieux qu’une tonne de théorie.”

 

Plutôt que de ressasser les pensées de la journée, n’hésitez pas à les remplacer par un mantra, même dans le métro ! Choisir peut-être dans ce cas la répétition mentale 🙂

 

Autrement dit, si vous êtes seul, n’hésitez pas à chanter et à réciter haut et fort. Cela peut être à un moment dédié, lors de votre assise méditative, mais cela peut aussi tout à fait être pendant que vous faites la vaisselle (surtout si ça vous fait râler, disparition du marmonnage intérieur garanti). Si vous êtes dans la queue d’un magasin, mieux vaut le faire dans sa tête 🙂 mais c’est plus difficile, cela vous demandera plus de concentration et d’attention…

 

Mise en pratique : des exemples de mantra

Concrètement, si vous avez envie de vous y mettre, comment faire ? Quel mantra utiliser ?

Je propose toujours pour commencer le mantra à Ganesh car il est simple mais pas trop (ce qui oblige à se concentrer sur ce que l’on dit) et renvoie à une figure que l’on a tous déjà vue : le dieu à tête d’éléphant. Pas besoin de croire en l’existence de ce dieu auspicieux pour chanter le mantra qui lui est dédié, car ce qui est demandé dans le mantra est plutôt universel : il s’agit d’écarter les obstacles qui se présentent sur le chemin que l’on emprunte.

 

Voici donc les paroles de ce mantra :

« Om Gam Ganapataye Namaha »

(Ganapati est l’autre nom de Ganesh…).

Pour vous guider, voici un enregistrement tiré d’une séance du Cursus Yoga et Ayurveda. L’objectif n’est pas de produire quelque chose d’esthétique, pas besoin de chanter juste non plus, il suffit juste de se laisser porter par l’énergie et la dynamique des sons pour ressentir les effets. Se concentrer sur les paroles un peu étrangères au début permet au mental de se laisser absorber et d’oublier les pensées parasites. Cet enregistrement est loin d’être de qualité professionnelle, il servait au départ de support de cours pour les élèves, mais cela vous donnera tout de même une bonne idée de la récitation de mantra car je n’ai trouvé sur internet que des versions très musicales…

Un autre mantra dont vous trouverez le sens profond dans l’article qui lui est dédié : Deham Naham. Koham ? Soham !

 

Vous avez donc de quoi pratiquer… Il est dit dans la Nirukta de Yaksa que « celui qui répète un mantra sans en connaître le sens est comme un âne qui transporte une charge de bois de santal. Il en connaît le poids, mais ne jouit pas du parfum. » Pour le moment, prenons le temps d’être un âne, tranquille et lent, et laissons-nous le temps de nous familiariser avec les sons du sanskrit. Plus tard, nous verrons ce qu’apporte concrètement la récitation de mantra et quel est pour nous, Occidentaux, l’intérêt de réciter ainsi des sons étrangers…

 

Bonne pratique !

 

* Sadhana : Une sadhana est la mise en place d’une routine, d’une discipline pendant une période de temps donnée et déterminée à l’avance. Le but est de parvenir à un objectif précis, qu’il soit spirituel, yogique… Il est possible par exemple d’entreprendre une sadhana d’une semaine avec pour objectif de réactiver le feu digestif, de travailler le pranayama…

* Imprégnation du son dans le corps : La chimie, notamment les travaux de Masaru Emoto sur l’eau, montrent comment notre corps est composé d’eau et comment cette eau, même si sa composition chimique ne change pas, peut voir ses molécules s’agencer différemment selon le contexte dans lequel elle se trouve. L’agencement des molécules peut être plus ou moins harmonieux selon les sons auxquels l’eau est exposée.

Bibliographie :

  • Héritage du Sanskrit, dictionnaire sanskrit-français, Gérard Huet.
  • Méditations Tantriques, Swami Satyananda Saraswati ; éd. Satyanandashram France (chap XIII).
  • The Nighantu and the Nirukta, Yaksa, Sarup et Laksham, p. 18, éd. Delhi Motilal Banarsidass, 1967. Yaksa est un grammairien du Veme siècle av. JC. Citation en anglais : « whatever is learnt without it being understood is called mere cramming ; like dry logs on an extinguished fire, it can never illuminate. »
  • Introduction aux Voies du Yoga, Tara Michaël, éd Descler de Brouwer, poche.

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