2- Les Mâlas – Comment utiliser une Mâla ?

Comment utiliser son mala en yoga ?

 

Les mala comme support aux mantra ou à la méditation…

 

Il existe une panoplie de recommandations, rituels et traditions autour de l’utilisation des mâlas. Je vous propose ici une introduction simple qui vous permettra de vous familiariser avec la récitation de mantra et l’utilisation de mâla dans votre pratique quotidienne de yoga.

 

Lorsque l’on s’intéresse d’un peu près à l’utilisation des mâla dans la tradition, difficile de trouver l’origine exacte de la pratique. Par contre, on trouve de nombreuses « recommandations » plus ou moins faciles à respecter, comme se placer face au Nord ou à l’Est, ne pas porter son mala en collier, ne pas le montrer, choisir des perles de cristal pour les mantra tantriques etc… Rassurez-vous, il n’est pas nécessaire de se rajouter autant de contraintes quand on veut simplement se familiariser avec les mantra et profiter des bienfaits de la récitation. Il sera toujours temps de s’intéresser plus tard aux détails si vous souhaitez entreprendre une « vraie » sadhana* traditionnelle.

 

Comment se sert-on d’une mâla pour les mantra ?

Rien de plus simple ! Il suffit d’égrainer entre le pouce et le majeur de la main droite (la main « pure » pour les Indiens) une perle à chaque fois que votre mantra est prononcé. Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, la mâla peut être composée de différents types de perles, chacune ayant sa propre énergie.

Quoiqu’il en soit, on commence toujours par la perle qui se trouve juste à côté de la « perle du Guru » (voir article précédent pour la composition du mâla) ; c’est notre point de repère (mais on n’utilise jamais cette dernière dans le décompte, elle ne fait pas partie des 108). Si vous souhaitez faire plusieurs cycles de 108 récitations, il faudra faire demi tour une fois que vous êtes arrivé à la « perle du Maître » et non pas « l’enjamber ». Pour voir la pratique en image, cette vidéo Youtube en espagnol est bien explicite…

Il est possible d’utiliser aussi le mala pour le décompte des rétentions poumons vides ou pleins lors des pranayama, mais c’est un autre sujet…

 

Comment réciter le mantra ?

Traditionnellement, le pratiquant qui désire se consacrer à la récitation de mantra en reçoit un de son maître (ou le reçoit en rêve) et le répète jusqu’à ce qu’il soit complètement intégré. Le collier est alors le support d’un seul et unique mantra, répété pendant parfois plusieurs années, jusqu’à ce que la mala casse, signe que le mantra a été intégré.

Quoiqu’il en soit de votre mantra, il est possible de le répéter :

  • De façon audible (cette pratique porte le nom de Baikhari). C’est idéal pour le débutant, le point d’appui de la voix est stable et si vous partez trop dans vos pensées, vous vous en rendrez vite compte car vous vous retrouverez à bafouiller ou à arrêter de chanter. Plus les pensées sont prenantes, plus vous pouvez réciter à voix forte ! Ce type de japa yoga calme et recharge le cerveau qui a remplacé les pensées désordonnées et épuisantes par une vibration unique et harmonieuse.
  • De façon murmurée (pratique qui se nomme Upanshu). Le mantra se chuchote de sorte que seul celui qui le récite l’entende. C’est plus difficile le mental s’échappe plus facilement. Swami Satyananda dit que ce type de japa est utilisé et réservé à ceux qui récitent huit à dix heures par jour (!)
  • De façon mentale (pratique que l’on nomme Manasak). Le mantra a tellement été répété qu’il est maintenant ancré en vous et se répète tout seul, mentalement. Se lancer directement dans la répétition mentale du mantra est difficile car le mantra se mélange aux pensées et finit par disparaître sans que nous nous en rendions compte…
  • Il est aussi possible d’écrire le mantra en différentes couleurs sur du papier.
Voici des feuilles de palmier sur lesquelles ont été recopiés des textes anciens, des mantras ou des traités d’ayurveda. On appelle cela des ôles.

 

Il y a ainsi une gradation dans la progression de la répétition du mantra. Une fois que le mantra est intégré, que les cellules du corps vibrent de la même vibration que le mantra, il n’est plus besoin de le dire à haute voix, le mantra devient intérieur. Il est alors répété naturellement à chaque respiration, comme ancré dans les cellules, vécu pleinement. Cela peut sembler ésotérique, mais les sciences modernes, que ce soit la psychologie ou la chimie montrent cette imprégnation du son dans le corps et dans le mental. *

Cette façon de procéder par étapes permet de bons progrès (il est dit que c’est de cette manière que la plupart des sages atteignent l’Eveil), mais peut être assez contraignante dans notre vie moderne où nous ne pouvons pas tous nous dédier uniquement à ce type de pratique assidue. Si vos objectifs sont plus modestes (et que l’Eveil n’est pas votre point de mire immédiat), n’hésitez pas à pratiquer comme vous pouvez, comme le contexte vous le permet car « une once de pratique vaut mieux qu’une tonne de théorie » nous dit Swami Sivananda.

Plutôt que de ressasser les pensées de la journée, n’hésitez pas à les remplacer par un mantra, même dans le métro ! Choisir peut-être dans ce cas la répétition mentale 🙂

 

Autrement dit, si vous êtes seul, n’hésitez pas à chanter et à réciter haut et fort. Cela peut être à un moment dédié, lors de votre assise méditative, mais cela peut aussi tout à fait être pendant que vous faites la vaisselle (surtout si ça vous fait râler, disparition du marmonnage intérieur garanti). Si vous êtes dans la queue d’un magasin, mieux vaut le faire dans sa tête 🙂 mais c’est plus difficile, cela vous demandera plus de concentration et d’attention…

 

Mise en pratique : utiliser une mâla pour réciter un mantra

Concrètement, si vous avez envie de vous y mettre, comment faire ? Quel mantra utiliser ?

Je propose toujours pour commencer le mantra à Ganesh car il est simple mais pas trop (ce qui oblige à se concentrer sur ce que l’on dit) et renvoie à une figure que l’on a tous déjà vue : le dieu à tête d’éléphant. Pas besoin de croire en l’existence de ce dieu auspicieux pour chanter le mantra qui lui est dédié, car ce qui est demandé dans le mantra est plutôt universel : il s’agit d’écarter les obstacles qui se présentent sur le chemin que l’on emprunte.

 

Voici donc les paroles de ce mantra :

« Om Gam Ganapataye Namaha »

(Ganapati est l’autre nom de Ganesh…).

Pour vous guider, voici un enregistrement tiré d’une séance du Cursus Yoga et Ayurveda. L’objectif n’est pas de produire quelque chose d’esthétique, pas besoin de chanter juste non plus, il suffit juste de se laisser porter par l’énergie et la dynamique des sons pour ressentir les effets. Se concentrer sur les paroles un peu étrangères au début permet au mental de se laisser absorber et d’oublier les pensées parasites. Cet enregistrement est loin d’être de qualité professionnelle, il servait au départ de support de cours pour les élèves, mais cela vous donnera tout de même une bonne idée de la récitation de mantra car je n’ai trouvé sur internet que des versions très musicales…

 

Vous avez donc de quoi pratiquer… Il est dit dans la Nirukta de Yaksa que « celui qui répète un mantra sans en connaître le sens est comme un âne qui transporte une charge de bois de santal. Il en connaît le poids, mais ne jouit pas du parfum. » Pour le moment, prenons le temps d’être un âne, tranquille et lent, et laissons-nous le temps de nous familiariser avec les sons du sanskrit. Plus tard, nous verrons ce qu’apporte concrètement la récitation de mantra et quel est pour nous, Occidentaux, l’intérêt de réciter ainsi des sons étrangers…

 

Bonne pratique !

 

* Sadhana : Une sadhana est la mise en place d’une routine, d’une discipline pendant une période de temps donnée et déterminée à l’avance. Le but est de parvenir à un objectif précis, qu’il soit spirituel, yogique… Il est possible par exemple d’entreprendre une sadhana d’une semaine avec pour objectif de réactiver le feu digestif, de travailler le pranayama… On peut les faire seul ou accompagné, de façon à se faire guider dans la pratique. Il existe des sadhana en ligne.

* Imprégnation du son dans le corps : La chimie, notamment les travaux de Masaru Emoto sur l’eau, montrent comment notre corps est composé d’eau et comment cette eau, même si sa composition chimique ne change pas, peut voir ses molécules s’agencer différemment selon le contexte dans lequel elle se trouve. L’agencement des molécules peut être plus ou moins harmonieux selon les sons auxquels l’eau est exposée.

Bibliographie :

  • Héritage du Sanskrit, dictionnaire sanskrit-français, Gérard Huet.
  • Méditations Tantriques, Swami Satyananda Saraswati ; éd. Satyanandashram France (chap XIII).
  • The Nighantu and the Nirukta, Yaksa, Sarup et Laksham, p. 18, éd. Delhi Motilal Banarsidass, 1967. Yaksa est un grammairien du Veme siècle av. JC. Citation en anglais : « whatever is learnt without it being understood is called mere cramming ; like dry logs on an extinguished fire, it can never illuminate. »
  • Introduction aux Voies du Yoga, Tara Michaël, éd Descler de Brouwer, poche.

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