« Qui suis-je ? – Deham naham ; koham ; soham »
देहं न अहम् कोऽहम् सोऽहम्

Mantra sur l’essence de l’être – Soham
Au début on récite le mantra parce qu’il est rythmé, qu’il nous porte et qu’il envahit notre esprit. La cacophonie habituelle de nos pensées est remplacée par le sautillement de ces mots à deux syllabes et des « m » qui rebondissent. « Deham naham ; koham ; soham » ; ce mantra dont on dit qu’il résume à lui seul, en quatre mots, toute la pensée du Vedanta…
On le récite d’abord à voix haute, plus ou moins longtemps parce que l’on sait de source sûre que cela calme le cerveau, puis petit à petit on chante moins fort, on le murmure et il finit par résonner dans notre tête, créer de l’espace, pour finalement parfois se reposer sur le grand lac calme de notre mental. On savoure… Mais toujours une pensée arrive et ride l’eau de notre calme. Alors on revient au mantra ; parfois l’utilisation du mala – ce grand collier de perles – nous soutient dans notre pratique, mais parfois, il faut se pencher avec un peu plus d’application sur son sens profond si on ne veut pas se laisser distraire.

Voici le mantra tel que nous l’avons récité lors du dernier stage sur les kosha (les enveloppes subtiles de notre être). Nous avons suivi la tradition du japa, c’est-à-dire avec 108 répétitions, d’abord à voix haute, puis murmuré, puis mentalement.
Le sens du mantra Deham naham ; koham ; soham vedanta

Deham : « le corps » ; c’est notre enveloppe la plus dense, celle avec laquelle je peux entrer en relation avec le monde qui m’entoure et le percevoir via mes cinq sens. C’est aussi l’enveloppe vitale, celle qui cherche à assurer sa survie, qui demande confort et plaisir et qui utilise pour cela le monde extérieur comme objet. Le corps me projette ainsi sans cesse vers le monde extérieur, censé satisfaire mes besoins et assouvir mes désirs.
Pourtant, naaham ! « Je ne suis pas ! » ; je sais et je sens, que je ne suis pas que ce corps. Cette prise de conscience est le premier pas du chercheur de lumière : faisant un pas de côté, il tourne ses sens et son mental non plus vers le monde extérieur, mais vers son monde intérieur. Il devient alors observateur et le questionnement commence…
Koham ? « qui suis-je ? » Si je questionne non plus le monde extérieur mais mon monde intérieur, je perçois que je suis embourbé dans un état d’esprit limité qui me donne l’illusion de n’exister que dans cette incarnation finie et restreinte, illusion créée par Maya.

Il ne s’agit plus alors seulement d’observer, mais de chercher, de se rendre compte que ce que nous connaissons est en réalité « maya », c’est-à-dire le fruit d’une illusion.
Illusion ?! The Truman Show
Pour illustrer ce que le Vedānta appelle « illusion » ou māyā, j’aime prendre l’exemple du film The Truman Show sorti en 1998. Truman Burbank vit, depuis sa naissance, au cœur d’un studio télévisé qui l’a secrètement adopté : il est filmé jour et nuit par des caméras cachées censées capturer ses émotions les plus spontanées. À ses yeux, le monde semble réel, mais tout autour de lui — famille, amis, passants — n’est qu’un vaste décor habité par des acteurs. Seul Truman ignore qu’il vit dans une fiction…

Le film suit les questionnements et la quête intérieure du personnage qui finit par comprendre sa condition et sortir de l’illusion du jeu télévisé. Il sort non seulement du plateau de tournage, mais aussi et surtout du conditionnement mental qui le faisait prendre ce qu’il voyait pour le monde réel. Un nouveau monde s’ouvre alors à lui avec des perspectives qui doivent certainement lui sembler à la fois effrayantes et infinies.
Comme Truman, nous habitons nous aussi dans un monde que nous interprétons uniquement en fonction de ce que nos cinq sens et de ce que notre mental sont capables d’en saisir. Notre corps fini ne nous donne qu’un aperçu limité du réel et nous oublions que nous sommes bien plus que des corps simplement incarnés. Sortir du jeu reviendrait pour nous à accepter et ressentir que notre réalité est en fait infinie, reliée mystérieusement à d’autres royaumes d’expérience et de conscience (les loka en sanskrit) que l’on peut expérimenter par la méditation et l’étude des kosha.

Qui suis-je ? Soham – le mantra de l’essence de l’être
Toute la démarche d’enquête et d’auto-investigation sur la nature ultime de notre propre réalité intérieure – que le Vedānta nomme ātma-vicāra (investigation du Soi) — vise la réalisation du soham. Ce mantra qui signifie “je suis Cela”, exprime l’unité entre l’Être individuel et le Brahman universel, la conscience pure, ce qui est avant le nom, avant la forme. C’est une réponse qui ne clôt pas le questionnement, mais qui le transforme en une expérience d’unité.
Cette voie est indissociable de l’enseignement de Ramana Maharshi, qui l’a incarnée avec intensité en ramenant inlassablement ses interlocuteurs à cette seule et essentielle interrogation : « Qui suis-je ? ». Bien que Ramana soit l’auteur de l’aphorisme « deham naham ; koham ; soham », son approche s’inscrit dans une lignée mystique plus ancienne, celle de Shiva enseignant aux rishis de Dhārkāvan (selon le Yoga Vasistha) une démarche en trois étapes :
- la négation de l’identification au corps,
- l’interrogation sur la nature du “Je” – qui est la question fondamentale,
- et la reconnaissance de l’unité avec le Brahman.

Il ne s’agit pas d’une négation ou d’une dévalorisation du corps ou du monde, c’est un retour à l’essence, à ce qui demeure lorsque tout le reste est vu comme transitoire. Cette reconnaissance de l’unité avec le Soi est une traversée des kosha (les enveloppes subtiles de l’être) pour atteindre ce qui ne peut être nommé, mais seulement vécu. Comme le dit Ramana Maharshi : « tout cela n’était pas une pensée fade ; cela a éclaté en moi, vivement, comme une vérité vivante que je percevais directement, presque sans processus mental. Le “Je” était quelque chose de très réel, la seule chose réelle dans mon état présent, et toute l’activité consciente liée au corps était centrée sur ce “Je”. À partir de ce moment, le “Je” — ou Soi — tourna son attention vers lui-même, fasciné avec force. La peur de la mort disparut une fois pour toutes. L’absorption dans le Soi se poursuivit sans interruption.«
Et voici encore une fois le mantra tel que nous l’avons récité lors du stage sur les kosha. Si la version youtube s’entrecoupe de publicités (ce que malheureusement je ne maîtrise pas, n’hésitez pas à utiliser la version uniquement sonore que j’ai placée en haut de l’article 🙂
Bonne pratique !

Lectures complémentaires :
- Upadesa Saram de Sri Ramana Maharshi : https://archive.org/details/in.ernet.dli.2015.506158/page/n19/mode/2up?view=theater&q=uncle
- Self Enquiry – Cichara Sangraha : https://archive.org/details/selfenquiryvicharasangrahamahadevant.m.p._202004_99_m/page/n3/mode/2up?view=theater
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